L’importance de la cour d’Aliénor d’Aquitaine et de ses expressions artistiques multiples dans le développement de la littérature et de la culture française

  1. Introduction

Le rayonnement de la cour d’Aliénor d’Aquitaine est immense tant elle a enrichi la culture et la littérature française via son influence personnelle ou via celle de ses enfants : « C’est à la fois un truisme et une innovation que de parler du rôle essentiel joué par Aliénor d’Aquitaine et par sa famille dans l’orientation de la littérature du XIIe siècle. »[1] En effet, si l’importance de sa cour n’est plus à démontrer, le rôle joué par ses ramifications n’a pas encore fait l’objet d’investigations dignes de ce nom. Cette absence de recherches en la matière se justifie notamment par le fait que cette fameuse cour fut très nombreuse en raison des voyages et de la filiation très féconde de celle qui fut successivement reine de France puis d’Angleterre.

De par cette double couronne qu’Aliénor a pu revêtir, il est difficile d’établir une étude exhaustive de ses apports littéraires et culturels. Dans la visée de fournir une vision la plus cohérente et la plus objective possible aux yeux de la communauté scientifique, notre étude se devra de prendre en considération les contributions d’Aliénor et celles de sa foisonnante descendance. L’un des faits notables de cette double appartenance royale est l’interpénétration des courants linguistiques du Sud (la langue d’oc) et du Nord (la langue d’oïl). Ainsi, afin de demeurer pertinent dans le cadre d’un cours d’ancien français provençal, nous devrons procéder à une « géographie littéraire » ainsi qu’à une « généalogie de l’influence ». Les différentes relations entre sa cour insulaire et sa cour continentale donneront naissance à une forme de bilinguisme et à la rédaction d’œuvres en ancien français provençal.

De même que nous pouvons envisager les relations entre les différentes cours auxquelles ont appartenu les enfants d’Aliénor et l’influence qu’elles ont pu jouer sur l’ancien français du XIIe siècle. Si la cour d’Aliénor fut un soleil, ses rayons illuminèrent bien plus que les seules aires de la France et contribuèrent grandement à faire évoluer langue et culture françaises.

  1. La cour d’Aliénor d’Aquitaine

La cour de Poitiers, de Guillaume IX à Aliénor d’Aquitaine, a joué un rôle fondamental dans le développement de la littérature française et dans son exportation. Les Guillaume ou Guilhem dont Aliénor clôture la dynastie ont régné sur l’Aquitaine durant un siècle et demi. Leur incidence sur la littérature et la culture française est remarquable puisqu’ils ont en effet permis la naissance de la poésie des troubadours en langue romane qui fait état de toute la complexité du monde des cours et qui promeut un art nouveau.

Durant la première moitié du XIIe siècle, la cour de Poitiers fut un centre très important de la poésie courtoise et forma de nombreuses générations de poètes. L’une des grandes trames de la poésie courtoise étant de chanter la beauté des grandes dames de la cour, Aliénor d’Aquitaine fut abondamment idolâtrée par les poètes. Quand elle devint reine de France en 1137, elle permit à la poésie courtoise du Midi de gagner le haut du pays et favorisa ainsi les échanges entre troubadours et trouvères[2]. Cette poésie s’inspire notamment des écoles monastiques de la Loire et du Sud de la Loire[3].

Par la suite, lorsqu’elle épousa Henri II Plantagenêt et qu’elle déplaça sa cour en Grande-Bretagne, elle ne se désintéressa pas de la chose poétique. En effet, elle fit encore recevoir de nombreux poètes dans ses cours de Londres, de Winchester ou de Slisbury. De plus, avec cette transplantation de cour outre-Manche s’ouvre une aire littéraire d’influence aquitaine dans les provinces du Sud-Ouest, au Nord et au Sud de la Loire.

Cette expansion a pour but de renouveler et d’augmenter la richesse des genres en place à cette époque. Paul Zumthor affirme d’ailleurs que « L’importance que prennent dès lors, comme instrument d’expression littéraire, les langues vulgaires, implique un certain recul du latin : la plupart des grandes œuvres poétiques originales, à partir de 1160-1170, sont écrites en français ou en occitan. »[4] Et cet exil d’Aliénor perpétuera le bilinguisme au Sud-Ouest de la France et dans la région poitevine mêlant langue d’oc et langue d’oïl. A cela s’ajoute le fait que des influences insulaires essaimeront également sur tous les continents eu égard l’importante présence de lais d’origine celtique et de romans arthuriens dans la littérature de France continentale.

Ensuite, Aliénor revint à Poitiers pour assurer la régence de son fils, Richard Cœur-de-Lion. C’est à cette époque faste que ses enfants gravitèrent dans son entourage direct et qu’elle leur transmit son goût pour la littérature. Autour d’elle et de ses enfants circulent poètes, lettrés et gens d’esprit de sorte que sa cour redevint un grand centre intellectuel et culturel de l’époque. Il convient donc de nous attarder sur l’influence de la nombreuse descendance d’Aliénor d’Aquitaine.

Il convient donc de nous attarder sur l’influence de la nombreuse descendance d’Aliénor d’Aquitaine, particulièrement en ce qu’elle se montre, comme nous tenterons de le démontrer, continuatrice des pratiques littéraires qui furent associées aux cours d’Aliénor et, plus généralement, à l’ « empire Plantagenêt ». Ainsi, avant de détailler l’apport de ses différents enfants, nous nous attarderons quelque peu sur deux vecteurs littéraires se développant particulièrement au cours du XIIe siècle et qui, parce qu’ils seront amenés à devenir des genres véritablement transversaux, contribueront grandement à l’évolution de ce que l’on peut aujourd’hui considérer comme « littérature française ».

  1. Aliénor d’Aquitaine et la fin’amor

Les cours d’Aliénor d’Aquitaine sont souvent, non sans malice quelque fois, qualifiées de « cours d’amour » en regard de la lyrique courtoise, la fin’amor, qui y est pratiquée. L’on définit communément la fin’amor comme un idéal de courtoisie définissant une conception nouvelle de l’amour particulièrement perceptible dans la poésie lyrique d’oc, où elle se développe au cours du XIIe siècle. L’amour y est secret, parce qu’adultère et, en conséquence, platonique, parce qu’impossible. Il s’exprime dès lors par le culte de la Dame et, plus généralement, du désir qui, puisqu’il ne peut être satisfait, se voit constamment différé.

Par ailleurs, le statut social supérieur de la Dame renforce encore son inaccessibilité et force son prétendant à adopter, pour la séduire, une attitude typiquement courtoise. Autrement dit, le jeu platonique que se jouent les amants oblige l’homme à ajouter aux qualités aristocratiques que sont la force physique et la force morale, une culture et une langue raffinées qu’il manifeste par la poésie.

Pour autant, si le refus est fondateur, il ne constitue pas un but en soi. En effet, épreuve parmi d’autres, le refus incite l’amant courtois à se surpasser et, dans l’absolu, la fin’amor vise le partage des sentiments[5].

C’est du moins ce qu’en dit André le Chapelain, théoricien s’il on peut dire, du « genre » et auteur d’un Traité de l’amour courtois (assez maladroitement traduit de De arte honeste amandi ou De Amore).[6] Or, un tel manège mène obligatoirement à l’impasse : si l’amour s’apparente au désir, le désir s’éteint une fois l’amour consommé. D’une certaine manière, l’amour n’est pas la fin, mais le moyen d’un dépassement individuel et d’une expression lyrique. L’on comprend mieux, de ce point de vue, le regard ironique sinon critique qu’un clerc tel qu’André le Chapelain a pu porter à cet idéalisme superficiel qui, paradoxalement, éloigne les amants, physiquement, socialement mais aussi, idéologiquement, plus qu’il ne les accomplit.

Car en effet, la fin’amor contribue au développement d’un imaginaire de la paralysie masculine[7] en même temps qu’il fait une place, toute nouvelle, à la femme :

L’essentielle nouveauté de cet idéal, du moins tel qu’il culmine en sa période classique qui va de 1150 à 1230, tient en ce que la femme échappe de manière inattendue au statut qui faisait d’elle à la fois un objet sexuel que l’on conquiert ou qu’on trompe à sa propre convenance et, du point de vue des structures sociales, l’être qui est donné par un homme (père, frère, seigneur) à un autre homme et qui se trouve pris ainsi dans les circuits d’une communication intéressant seulement les mâles. Or, devenant l’objet de la fin’amor, la femme […] apparaît, dans le secret de son altérité et de sa souveraineté, comme la source ou la cause du désir masculin.[8]

L’illusion fonctionne mais n’en demeure pas moins illusion. Certains iront jusqu’à déduire que cette magnification de la femme rend la critique plus aisée : l’amour est cause de malheur ; la femme est moteur de l’amour ; la femme constitue donc la source principale du malheur et, bien plus, si l’on se place du côté des clercs, du vice[9].

Le raccourci est sans doute un peu rapide mais, quoiqu’il en soit, la tendance générale s’accorde pour définir la séduction comme étape nécessaire du perfectionnement virile du « héros courtois ». Si le culte de la Dame est fondateur, la fin’amor n’en reste pas moins une affaire d’hommes.

Le cas d’Aliénor d’Aquitaine a toutefois cela de particulier que, si la duchesse constitue bien l’objet de l’amour — du désir — de nombreux poètes, dont Bernard de Ventadour, elle est aussi, non seulement leur suzeraine effective, mais en plus, leur mécène. Son pouvoir de séduction se double donc de son aura politico-idéologique. Objet et destinataire de la lyrique courtoise, celle qui sera respectivement reine de France puis d’Angleterre, en est aussi la commanditaire et, d’une certaine manière, l’orchestratrice.

Effectivement, comme sa fille ainée, Marie de Champagne, Aliénor d’Aquitaine n’hésite pas à se prononcer quant aux convenances de la fin’amor.  Majoritairement, les conseils qu’elle aime à donner semblent de bonne foi et font même, pour la plupart, preuve d’une conception très humaine et réaliste de la justice amoureuse :

[E]lle encourage les dames riches à choisir ce genre d’amants, pauvres et vertueux […]. Nous voilà dans une société de dames riches entretenant leur dévoués partenaires. Car une dame pauvre, elle, fait mieux de prendre un amant riche. Sinon, leur amour ne pourra durer, combattu par les soucis, les insomnies, les coups de tête.[10]

Cependant, André le Chapelain lui allègue, avec une ironie tangible, des intentions presque scabreuses concernant la justification de l’adultère, notamment.

A nouveau, le propos est certainement excessif. Pour autant, l’émancipation revendiquée par Aliénor d’Aquitaine est idéaliste sinon anachronique : « [m]élange de considérations réalistes et des raisonnements théoriques, de conventions sociales et de conventions littéraires ou intellectuelles »[11]. Si, comme mentionné précédemment, le résultat n’en est pas invraisemblable, l’intellectualisation sentimentale à laquelle participe ce quadruple héritage est du moins superficiel.

De la même manière, Bernard de Ventadour, dans son Chant 29[12], incrimine l’orgueil de son « Azimans », derrière laquelle l’on reconnaît sans peine la reine d’Angleterre, autant qu’il rappelle sa dépendance et son devoir envers le « reis engles e’l ducs normans ». Ainsi, l’on pourrait considérer qu’Aliénor d’Aquitaine symbolise le paroxysme de l’inaccessibilité féminine même si :

[c]e modèle qui […] élargit l’autonomie et le champ d’action politique de la reine, est courant et peut-être même banal. Au fond, il pourrait s’appliquer à la plupart des dames de la noblesse médiévale. Il mitige l’idée, en partie exacte, de la biographie exceptionnelle d’Aliénor d’Aquitaine.[13]

Que l’on minimise ou que l’on juge sa contribution au développement de l’amour courtois hypocrite n’a finalement que peu d’importance en regard de l’impulsion que la cour d’Aquitaine conféra au « genre ». Et, de fait, le lien qui est systématiquement établi entre elle et la lyrique d’oc n’est certainement pas anodin. La cour d’Aliénor d’Aquitaine est principalement connue pour avoir propagé, au travers de la poésie lyrique entre-autre, l’idéal courtois de la fin’amor. D’une part, pour cause du prestige auquel il fut conséquemment associé ; d’autre part, en raison du rôle que joua la répartition de la descendance d’Aliénor sur le territoire européen dans sa propagation.

De là, il s’en suit que l’on invoque généralement la figure de la duchesse comme moteur des échanges entre troubadours et trouvères. De part son héritage territorial d’abord, et de ses deux mariages successifs, l’un avec le roi de France Louis VII, l’autre avec le roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt, ensuite, l’influence qu’exercera indirectement Aliénor d’Aquitaine sur le Nord de la France est évidemment considérable. D’autant plus que l’on considère bien souvent Marie de Champagne, issue du premier mariage d’Aliénor, comme l’émule de sa mère.

En outre, au-delà de l’absence surprenante de trouvères anglo-normands, P. Bec conclut en relativisant ce prétendu échange nord/sud :

[L]a lyrique de grand chant courtois, pour prestigieuse qu’elle fût, n’a été en France du Nord qu’une mode exogène et passagère. En pays d’oc au contraire, elle a constitué jusqu’au XVe s., un élément indigène et profond, la grande référence culturelle, susceptible de prolongements extérieurs, comme en Catalogne et en Italie. En somme, dans ce domaine, une division ouest/est ne semble pas pertinente mais bien plutôt, là comme ailleurs, une division nord/sud.[14]

De la même manière, la remise en cause de l’impact littéraire d’Aliénor d’Aquitaine s’intègre dans l’interrogation plus large de la légitimité de l’unité culturelle — entre-autre — de l’espace Plantagenêt ; interrogation qui permettrait, à plus forte raison, d’appréhender la totalité territoriale agglomérée au cours du XIIe siècle comme une véritable civilisation au sein de l’univers médiéval. Nous lisons à ce sujet :

Il s’agit d’un assemblage dû à une succession de hasards et en particulier à celui du coup de tête d’Aliénor qui […] s’est jetée dans les bras d’un homme ambitieux, en pleine ascension, et qui seul était à la hauteur d’une princesse d’Aquitaine.[15]

Le même auteur reconnaît toutefois qu’Aliénor d’Aquitaine fut incontestablement le symbole de cette apogée territoriale.[16]

Pourtant, si l’on considère chacun de ses sept enfants, force est de constater que tous ont hérité de l’exemple du prolixe mécénat de leur mère. Aussi, nous avons penser que le bref passage en revue de ces derniers s’est avéré pertinent afin d’illustrer le rayonnement culturel et littéraire dont il est ici question.

  1. L’espace Plantagenêt et l’évolution du genre romanesque

Outre la lyrique courtoise qui imprimera véritablement le rôle littéraire d’Aliénor d’Aquitaine dans l’histoire de la littérature française, c’est un autre genre que le règne de son second époux, Henri II Plantagenêt a vu se développer sur son territoire.

En effet, entre 1150 et 1155 sont composés, sur les territoires continentaux d’Aliénor, deux ouvrages qui s’avéreront fondateurs pour l’évolution du genre romanesque : le Roman de Thèbes et le Brut de Wace. Si le premier transpose en langue vulgaire l’histoire antique d’Œdipe, le second inaugure la matière de Bretagne et son légendaire Roi Arthur, particulièrement investie ensuite, en langue d’oïl, par Chrétien de Troyes. Les deux romans ont cela de commun que, pour la première fois dans la littérature médiévale, ils lient amour et exploit guerrier ; « une alliance qui devient ensuite un élément constitutif du roman médiéval »[17]. Ces personnages antiques, ramenés à l’univers médiéval du Moyen Âge,  doivent désormais acquérir une double qualification, chevaleresque mais aussi courtoise. Il convient ainsi de magnifier le christianisme médiéval au travers de la — future — Rome pontificale[18].

Rappelons que l’idéal courtois, précédemment défini, était tout à fait incompatible avec l’idéal chevaleresque contemporain. L’exaltation du désir semble, de fait, contraire aux valeurs chrétiennes et guerrières du chevalier prototypique : l’idéologie des croisades qui ponctuent le quotidien guerrier depuis la toute fin du XIe siècle inspire une idéologie chevaleresque d’obédience chrétienne dans laquelle la femme, véhicule de valeurs profanes, n’a pas sa place[19].

L’œuvre de Chrétien de Troyes, bien souvent considéré comme le premier trouvère mais aussi, d’une certaine manière, comme le premier romancier au sens moderne du terme, réconcilie durablement ces deux idéaux :

Destinés au public aristocratique des cours, à la classe chevaleresque, tous les romans de Chrétien […] font une place essentielle à l’amour dans sa relation à la prouesse guerrière. [Ces romans] qui traitent (pour la première fois) de l’amour conjugal, montrent à quelles conditions le désir amoureux, source de toutes les vertus […], peut et doit se concilier avec les exigences de la vie chevaleresque et l’ouverture au monde qu’elle requiert. [Il] insiste davantage sur la finalité de la prouesse, qui ne doit pas être recherchée d’une vaine gloire mais se mettre en priorité au service de l’autre.[20]

En d’autres mots, Chrétien de Troyes impose à l’amour courtois une altérité nouvelle palliant à l’irrésoluble tautologie à laquelle le culte de l’amour condamnait le jeu des amants. De la même manière, le caractère scandaleux, parce qu’adultère, de l’amour courtois se trouve résolut dans l’amour conjugal, seul religieusement autorisé et socialement productif :

Par le rôle absolument nouveau qu’il donne à la femme et par son essence même, l’amour courtois apparaît donc plutôt comme un phénomène asocial […]. Il n’est pas seulement, en effet, une contestation du mariage traditionnel [qui] fait peu de cas du sentiment amoureux. En réalité, en se présentant comme une exaltation de l’amour non charnel, l’érotique courtoise […] serait plutôt a-chrétienne en ce sens qu’elle permet à ses adeptes d’échapper purement et simplement, sinon à la problématique de la culpabilité, du moins aux moralistes qui ont pour fonction de déterminer les degrés de gravité de celle-ci dans les situations les plus diverses, mais surtout dans l’état matrimonial.[21]

Les résonnances des romans de Chrétien de Troyes sont relativement évidentes : le monde clos qu’ils présentent est précisément en pleine mutation. Frôlant la chute, il se maintient et se renouvelle dans le dépassement du modèle courtois dont le caractère égocentrique et adultère est d’emblée infertile. Au même titre, le chevalier y privilégie l’exploit communautaire plutôt que l’individualisme guerrier qui cultive vainement la seule prouesse. L’inachèvement du Chevalier de la charrette est, à cet égard, éloquent : Lancelot, héros adultère s’il en est, se dégrade aux yeux du lecteur — et de la société — en multipliant d’inutiles exploits. Le roman n’a pas de dénouement, car un tel comportement ne peut mener à rien sinon à la perte du royaume d’Arthur.

A nouveau, il n’est sans doute pas anodin que tous les écrits de Chrétien de Troyes, à l’exception de son dernier roman, soient dédiés à son mécène : Marie de Champagne, fille aînée d’Aliénor d’Aquitaine et considérée comme la continuatrice de son œuvre.

Premier trouvère, il hérite à la fois de la matière de Bretagne apparue dans les domaines continentaux d’Henri II et des valeurs courtoises largement mises à l’honneur dans les cours d’amour de son épouse. André le Chapelain reconnait à Marie de Champagne une certaine liberté amoureuse : « Tous les renvois à la nécessité pour l’amour d’être adultère se trouvent placés avec insistance sous le patronage de Marie. »[22] Peut-être Chrétien a-t-il voulu, par là, intimer à sa protectrice un nouvel idéal de vertu, supplantant le modèle dont elle-même avait hérité de sa mère ?

Une telle affirmation mériterait d’être plus amplement développée et vérifiée mais semble bien trop vaste pour le présent travail. Quoiqu’il en soit, la figure de Chrétien de Troyes nous paraît faire office de synthèse : héritant à la fois des thèmes littéraires anglo-normands et occitans, il initie un genre nouveau, poussant plus loin l’unité formelle et sémantique et surpasse, à travers lui, les limites de deux idéaux a priori contradictoires qu’il couronne d’un but neuf ; il leur offre de s’exprimer dans sa langue et, enfin, achève de symboliser par la fortune exceptionnelle de son œuvre, l’influence tout aussi exceptionnelle qu’aura eu, sur la littérature française, la famille de son mécène.

  1. Le rayonnement de la cour d’Aliénor d’Aquitaine via ses enfants

Autour d’Aliénor d’Aquitaine, les courants littéraires n’ont cessé de bouleverser les diktats habituels. Cette reine fait en effet office de génie dans tout ce qu’elle a pu permettre à la littérature d’évoluer pour se supplanter. Ce génie, d’abord visible dans son mécénat avisé et dans la protection qu’elle offrit aux poètes, est d’autant plus perceptible du fait que ses enfants, et plus particulièrement ses filles, ont été nourris à la mamelle des lettres dès leur plus jeune âge. Ensuite, par leur dispersion géographique, l’irradiation de l’influence d’Aliénor transcendera les frontières françaises et anglaises pour donner naissance à un vaste réseau européen allant de la Castille espagnole jusqu’à la Sicile italienne. Ainsi, nous pouvons dire que « la poésie des troubadours [connut] un destin européen »[23].

Cette mère distilla à ses enfants un goût invétéré pour la chose littéraire et une appétence qu’ils prolongeront tout au long de leurs vies. L’importance culturelle des cours auxquelles ils ont appartenu découle directement de celles de leur mère : « Ces cours se passent de l’une à l’autre les thèmes, les manuscrits et, probablement assez souvent, les auteurs. Elles donnent naissance à une série de pièces bilingues, extrêmement curieuses. »[24] Ces échanges facilitent la propagation des nouveautés et la rencontre des acteurs du monde littéraire. Nous verrons ainsi comment elles permirent notamment aux épopées, à la matière arthurienne, à la lyrique courtoise et aux romans antiques et d’aventures de connaître de nouveaux souffles. Ces cours sont souvent plurilingues brassant volontiers langue d’oc et d’oïl et accordent une grande importance à ce que transparaisse dans leurs œuvres cet esprit de courtoisie si cher à Aliénor et qui offre à la femme une place de choix dans la littérature.

En définitive, ce rayonnement de la cour d’Aliénor et de ses ramifications mit au monde ce que d’aucuns qualifient de « république européenne des lettres »[25] dont le caractère est éminemment français et qu’il nous faut aborder en analysant séparément chacun de ses enfants.

  • Marie de Champagne (1145-1198)

Marie est née du premier mariage de sa mère d’avec Louis VII, alors roi de France. La fille ainée d’Aliénor est sans doute la plus imprégnée de son influence. Même si aucun livre n’est paru pour retracer la biographie de celle qui épousa le comte de Champagne, on peut assurément postuler de son rôle remarquable de mécène littéraire. De plus, Marie s’adonne volontiers aux « jugements d’amour » que sa mère avait mis en exergue au sein de ce qui fut appelé « Les Cours d’amour »[26]. Ces jeux littéraires amusaient les cours aux alentours des années 1170, c’est-à-dire à l’époque où Marie fréquentait encore la cour de sa mère à Poitiers.

Par ailleurs, notons que c’est pour Marie de Champagne qu’André le chapelain se mit à codifier les règles de l’amour courtois dans son De arte honeste amandi[27].

Marie participa également à implanter en pays d’oïl la lyrique des troubadours. Plusieurs trouvères se sont en effet atteler à lui écrire des œuvres : il s’agit entre autres des célèbres Chrétien de Troyes, Conon de Béthune ou encore Gace Brûlé. Notons d’ailleurs que, selon Jean Frappier, Conon de Béthune aurait joué « un rôle important en ce qui concerne la transmission et l’adaptation de la lyrique provençale »[28].

A cela s’ajoute qu’à la suite de l’étude approfondie de Petersen Dyggve[29] vers 1880, on a pu mettre en lumière l’existence d’une école champenoise de la lyrique française. Ainsi, Marie s’est rendue responsable, par ces artistes qui gravitent dans son entourage, d’une collusion champenoise-artésienne ainsi que de l’ancrage ferme des œuvres provençales dans le Nord.

Gaston Paris ajoute encore que Marie de Champagne aurait joué un rôle fondamental dans la naissance du roman courtois[30]. Elle aurait à cet égard exercé une grande influence sur les deux maîtres du roman français du XIIe siècle, à savoir Chrétien de Troyes et Gautier d’Arras. Rappelons par ailleurs que le Lancelot de Chrétien de Troyes établit les normes du vasselage amoureux appliqué aux troubadours. Dès lors, le rôle de Marie de Champagne peut être qualifié de fondamental dans l’histoire de l’amour littéraire.

Du reste, il convient de savoir qu’elle s’intéressa aussi dans les dernières années de sa vie à des œuvres religieuses et qu’elle fit nommer Geoffroy de Villehardouin[31] comme premier historien de la langue d’oïl vers 1885.

  • Aélis, comtesse de Blois (1150- ?)

Aélis est la deuxième fille du couple Aliénor-Louis VII. Elle est beaucoup moins importante sur la scène culturelle que sa sœur Marie et c’est plutôt son mari, Thibaut comte de Blois, qui semble avoir influencé les lettres françaises. Elle permit surtout à plusieurs artistes de rentrer en contact via sa cour. C’est d’ailleurs dans son sillage que se rencontrèrent Huon d’Oisy (qui devint son gendre par la suite) et Raimbaut de Vaqueiras. Nous pouvons ainsi en déduire que la cour de la comtesse de Blois fut « un centre important de rencontre entre troubadours et trouvères »[32].

  • Mathilde de Saxe (1156-1189)

On la connait surtout pour avoir été la source d’inspiration de Bertran de Born[33]. A sa cour ont été organisées des rencontres entre minnesänger de Saxe et troubadours. Dans l’histoire littéraire française, elle est également connue pour avoir commandé au prêtre Conrad une révision allemande de la Chanson de Roland du type Oxford. De plus, Ernest Muret affirme également que c’est sous l’influence de Mathilde qu’un chevalier de Brunswick aurait composé dans la seconde moitié du XIIe s. le plus ancien poème allemand ayant Tristan et Iseut pour sujet[34].

  • Aliénor de Castille (1161-1214)

Mariée à l’âge de sept ans au roi Alphonse VIII de Castille, l’homonyme de sa mère devint reine de Castille et fit régner sur ses terres une remarquable influence occitane. Néanmoins, cette influence est nuancée par plusieurs sources[35] qui affirment « qu’avant elle comme après, les poètes de langue d’oc ne se sont pas attardés à cette cour comme ils le firent de son vivant »[36]. Ainsi, on comprend donc que l’influence de cette reine aquitano-angevine se limite à la période de son vivant. Quoiqu’il en soit, son influence a permis de faire rayonner les lettres françaises à l’extérieur du territoire de France.

  • Jeanne, reine de Sicile et comtesse de Toulouse (1165-1199)

Jeanne agrandit encore plus le territoire d’influence du français en-dehors de la sphère franco-française puisqu’elle fut nommée reine de Sicile. En revanche, contrairement à ses sœurs, Jeanne n’est mentionnée par son nom ni par les troubadours ni par les trouvères. Aussi faut-il se poser la question de savoir quelle fut son incidence sur la littérature – si tant est qu’elle en eut une – ou de savoir si elle a uniquement permis une certaine diaspora littéraire. Cette question reste sans réponse. Toutefois, on constate aux alentours des années 1285, le déferlement de toute une veine sicilienne dans les romans français. Citons parmi ces romans Dolopathos de Jean de Haute-Seille, Athis et Prophilias d’Alexandre de Bernay et Guillaume de Palerme dont l’auteur reste encore à ce jour inconnu[37].

  • Henri au Court Mantel (1155-1183)

Henri dit le jeune roi était l’idole des troubadours. A sa mort furent composés des planhs[38] dont certains figurent parmi les chefs-d’œuvre de la littérature occitane. Il fut notamment vénéré par Bertran mais son influence ne s’arrête pas là puisqu’on retrouve des légendes romanesques à son égard dans le Novellino[39], les Conti di antichi cavalieri et même chez Dante, donc assez largement en Italie. On le retrouve également dans certaines œuvres anglo-normandes où on tenta de le sanctifier avant de faire avorter cette démarche. De même qu’il apparait dans les Récits d’un ménestrel de Reims[40] retrouvé dans le Nord de la France. Il fut donc un grand modèle d’inspiration littéraire.

De plus, Henri au Court Mantel joua également un rôle important dans l’importation en France de la matière des lais. D’ailleurs, sur base d’une liste datant du XIIIe s., on a retrouvé  un lai à son effigie : Le jeuene rey[41]. Et il semblerait que ce soit davantage à lui qu’à son père Henri II que fut dédié le recueil des Lais de Marie de France.

  • Richard Cœur-de-Lion (1157-1199)

C’est sans doute le fils d’Aliénor d’Aquitaine qui exerça l’action la plus importante et la plus vaste sur la littérature. Richard vécut parmi les poètes comme l’attestent avec suffisance les chroniques françaises et anglaises. Comme sa sœur Marie de Champagne, son goût pour la littérature provient sans doute du fait qu’il a longtemps été élevé dans le cénacle le plus proche de l’entourage de sa mère. C’est d’ailleurs sous le joug de cet entourage qu’il sera consacré roi, s’appropriant ainsi une image que les troubadours célébrèrent abondamment.

Parmi les poètes qui le citèrent figurent pour ne citer qu’eux : Gaucelm Faidit, le dauphin d’Auvergne, le moine de Montaudin, Arnaut Daniel et Bertran de Born lequel fut d’abord son ennemi puis devint quasiment son poète attitré. Pour ces poètes, Richard joua, plus qu’aucun autre enfant d’Aliénor, le rôle de mécène littéraire. Ce mécénat bénéficia aussi bien aux troubadours qu’aux trouvères puisque Richard s’intéressait tant à la langue d’oc  qu’à la langue d’oïl.

Notons également que les écrits de chroniqueurs foisonnent sous son règne. L’historiographie se voit enrichie notamment des histoires des cours d’Aquitaine et de Poitiers. Par ailleurs, un événement remarquable se produisit aux alentours des années 1180-1200 puisqu’on vit apparaître des chroniques en prose française sur la dynastie ducale et royale[42].

Enfin, Richard eut également une influence, certes indirecte, sur les « romans bretons ». Parmi eux figurent les célèbres Roman de Lancelot et Roman de Perceval. Ces œuvres furent en effet commandées par des proches de Richard (Marie de Champagne, sa sœur et Philippe d’Alsace, son cousin) mais il aurait également inspiré le poète allemand Wolfram qui fit de son personnage Gahmuret un semblant de Richard Cœur-de-Lion[43].

En regard de tous ces aspects que nous venons d’évoquer, nous pouvons affirmer que Richard Cœur-de-Lion est l’enfant d’Aliénor dont l’empreinte sur la littérature est la plus remarquable.

  • Geoffroy, comte et duc de Bretagne (1158-1186)

Geoffroy a sans doute laissé moins de traces dans la culture littéraire que ses frères. Il n’en demeure pas moins qu’auprès des lettrés de l’époque, il jouissait d’une honorable réputation. Il influença notamment la poésie lyrique car, à l’instar de Richard, il s’adonnait aussi à la poésie. Deux de ses poèmes ont été conservés (l’un bilingue mêlant langue d’oc et d’oïl avec Gaucelm Faidit ; l’autre en langue d’oïl avec Gace Brûlé[44]) et portent le nom de « jeux-partis ».

Sa cour brasse un entourage très vaste et créé par-là un réseau bilingue de poètes. Troubadours et trouvères se côtoient mais l’accent est plutôt « français » qu’occitan. Parmi ces poètes, on retrouve entre autres Gaucelm Faidit, Peire Vidal et Bertran de Born. De plus, on assiste via sa cour à la naissance de la personnalité de poète lyrique en langue d’oïl en la personne de Gace Brûlé. Ce dernier cite d’ailleurs Geoffroy à plusieurs reprises dans ses œuvres.

Lorsqu’il se marie en 1169 avec l’héritière du comté de Bretagne, on assiste à une recrudescence de la matière de Bretagne à travers les lais bretons et les romans arthuriens. Ce renouveau est en lien direct avec l’accession au titre de comte de Geoffroy. De plus, on observe également un renouveau de la matière épique à l’époque du comte.

  • Jean sans Terre (1166-1216)

Jean manifesta une certaine désinvolture et un désintérêt pour la littérature sans précédent parmi ses frères ainés. Ce phénomène peut s’expliquer par le fait que lors de son règne eut lieu une importante crise économique et sociale d’ampleur mondiale. Ce désintérêt se comprend également par le fait qu’il ait été élevé loin de sa mère qui était alors faite prisonnière par son époux, Henri II. Même si Shakespeare s’inspira de lui, son règne s’apparente à un recul des valeurs occitanes ou françaises en Grande –Bretagne[45].

  1. Conclusion

Le règne d’Aliénor d’Aquitaine, qu’il soit direct (influence immédiate sur ses propres territoires) ou indirect (influence exercée par le biais, et sur les territoires, de son second mari, Henri II Plantagenêt et/ou de ses enfants), permet d’embrasser deux vecteurs prolixes de la « littérature française » : les premières expressions d’un lyrisme personnel auxquels s’essayent quelques rares troubadours[46], tout autant que les premières expériences romanesques. De plus, par l’étendue de son territoire et, plus tard, de sa descendance, ces deux vecteurs tendent à se propager même s’ils ne rencontreront pas égale fortune partout.

Si tous ne s’accordent pas sur la responsabilité effective de la reine au sein de cette production, nul ne peut nier qu’elle l’incarna au moins symboliquement :

[S]i l’on considère l’‘‘État Plantagenêt’’ comme l’union sous un même souverain des trois entités politiques et culturelles constituées par le royaume anglo-normand, la principauté angevine et la principauté aquitano-gasconne, cette formation n’a existé que pendant deux générations à peine, celles de Henri II et de ses fils — dont le second a perdu en grande partie l’héritage paternel —, soit durant cinquante ans, de 1154 à 1204. Une seule personne l’a vécue de bout en bout : Aliénor, [m]ariée à Henri II Plantagenêt en 1154, elle est morte en 1204 […].[47]

Au-delà de son immense dot territoriale, cette femme au destin exceptionnel a su nouer de brillantes alliances et choisir, il faut bien l’avouer, les seuls souverains alors capables d’égaler le prestige de son hérédité. Ainsi, parler de hasard paraît saluer trop gracieusement d’heureuses conjonctures[48] : rien d’étonnant sans doute que la petite-fille du premier troubadour ait diverti l’aristocratie de son temps de ses cours d’amour ; rien d’étonnant, non plus, qu’elle ait ensuite transmis ce patrimoine littéraire à ses enfants ; rien d’étonnant, enfin, qu’une femme élevée dans un environnement cultivé et, en conséquence, plus libertaire — au regard du circuit cadenassé dans lequel la femme évoluait alors, s’entend —, ait eu la hardiesse de prétendre annuler son premier mariage. Pas d’étonnement donc, mais certainement pas de hasard non plus.

En outre, il convient cependant de replacer l’influence d’Aliénor d’Aquitaine et de sa descendance au sein d’un espace médiéval extrêmement parcellisé et dans lequel la féodalité s’oppose par essence à l’unification. Aussi, s’il y a convergence, de pratiques, de thèmes, de « genres », entre troubadours et trouvères, son influence (directe ou indirecte) instaure tout au plus une certaine perméabilité. Perméabilité qui, toutefois, s’avérera fondatrice et permettra aux dialectes « français » de se tailler, parmi les expressions littéraires, une place de choix au côté des écrits latins qui, rappelons-le, sont encore largement majoritaires.

Florent Leduc et Valentine Lefèvre

[1] Lejeune R., « Rôle littéraire de la famille d’Aliénor d’Aquitaine »,  dans Cahiers de civilisation médiévale, v. 1/ n°3 (1958), pp. 319-337.

[2] Maillard J. et R. Dragonetti, « La technique poétique des trouvères dans la chanson courtoise : contribution à l’étude de la rhétorique médiévale. », dans Bibliothèque de l’école des chartes, t. 123, livraison 2, Bruges, De Tempel, 1965, pp. 670-674.

[3] Bezzola R., « Guillaume IX et les origines de l’amour courtois », dans Romania, t. LXVI (1940).

[4] Zumthor P., Histoire littéraire de la France médiévale (VIe-XIVe), Paris, Presses universitaires de France, 1954, § 391.

[5] Boutet D., Histoire de la littérature française du Moyen Âge, Paris, Champion, 2003, pp. 47-48.

[6] Pour un raisonnement plus détaillé ou un résumé exhaustif des règles de l’amour courtois, voir : Chapelain A., Traité de l’amour courtois, édition critique établie par Claude Buridant, Paris, Klickseick, 1974.

[7] Lejeune R., « La femme dans la littérature française et occitane du XIe au XIIe siècle », dans Cahiers de civilisation médiévale, v. 20/n° 70-78 (1977), p. 212.

[8] Baladier C., Érôs au Moyen Âge : amour, désir et délectation morose, Paris, Éditions du Cerfs, 1999, p. 147.

[9] Ibid., pp. 154-155.

[10] Bourgain P., « Aliénor d’Aquitaine et Marie de Champagne mises en cause par André le Chapelain », dans Cahiers de civilisation médiévale, v. 29/n° 113-114 (1984), p. 33.

[11] Ibid.

[12] Lazar M. (éd.), « 29. Lancan vei per mei la landa », Bernard de Ventadour. Troubadour du XIIe siècle. Chansons d’amour, édition critique avec traduction, introduction, notes et glossaire, Paris, Klinckseick, 1966, pp. 172-175.

[13] Labande E.-R., Pour une image véridique d’Aliénor d’Aquitaine, Poitiers, Geste éditions, 2005, p. 13.

[14] Bec P., « Troubadours, trouvères et espace Plantagenêt », dans Cahiers de civilisation médiévale, v. 29/n° 113-114 (1984), p. 14.

[15] Bautier R.-H., « ‘‘Empire Plantagenêt’’ ou ‘‘espace Plantagenêt’’. Y eut-il une civilisation du monde Plantagenêt », dans Cahiers de civilisation médiévale, v. 29/n° 113-114 (1984), p. 146.

[16] Ibid., p. 139.

[17] Couti D. (dir.), Histoire de la littérature française, Paris, Larousse, 2000, p. 76.

[18] Ce transfert culturel est extrêmement courant dans l’imaginaire médiéval et est appelé translato imperii.

[19]Boutet D., op. cit., pp. 46-47.

[20] Couti D. (dir.), op. cit., p. 88.

[21] Baladier C., op. cit., p. 157.

[22] Bourgain P., op. cit., p. 31.

[23] Vossler K., « Die dichtung der Trobadors und ihre europaische Wirkung », dans Roman Forsch, t. XLIX (1935), pp. 253-278 ; Frank I., « Du rôle des troubadours dans la formation de la poésie lyrique moderne. », dans M. Roques (dir.), Mélanges de littérature française du Moyen Âge, t. I, Paris, Honoré Champion, 1950, p. 77.

[24] Brunel C. et Jeanroy A., « La poésie lyrique des troubadours », dans Bibliothèque de l’école des chartes, t. 95, Toulouse, Privat, 1934, pp. 357-359.

[25] Lejeune R., op. cit., p. 325.

[26] Lafitte-Houssat J., Troubadours et cours d’amour, Paris, Que sais-je ?, n° 422, 1950, pp. 115-116.

[27] Parry J.-J. (éd.), De arte honeste amandi d’André le Chapelain, édition critique et traduction, New-York, s.n.d’éd., 1941.

[28] Frappier J., La poésie lyrique en France aux XIIe et XIIIe siècles, Paris, Centre de documentation universitaire, coll. Les cours de Sorbonne, 1954, pp. 141-161.

[29] Pettersen Dyggve H., « Trouvères champenois », Gace Brûlé, édition critique, Helsinki, Mémoires de la société néophilologique de Helsinki, 1951.

[30] Paris G., dans Romania, t. XII (1883), p. 523.

[31] Né en 1160 et mort en 1213.

[32] Lejeune R., « Rôle littéraire de la famille d’Aliénor d’Aquitaine », op. cit., p. 328.

[33] Bertran de Born (1140-1215), célèbre troubadour dont les thèmes de prédilection furent l’amour et la guerre. Il fit partie des cours de plusieurs enfants d’Aliénor d’Aquitaine.

[34] Haendle O., « Arbeit. Z. deutsch. Rechts-u. Verfassangsgesch », Die Dienstmannen Heinrichs des Lowen, Stuttgart, Kohlhammer, 1930, p. 29

[35] Notamment par Jeanroy et Mila y Fontanals.

[36] Brunel C. et Jeanroy A., op. cit., p. 208.

[37] Lejeune R., « La Sicile et la littérature française du XIe au XIIIe siècle », dans Atti del congresso interno di poesia e di filologia per il VII centenario della poesia e della lingua italiane, Palerme, s.n.d’éd., s.d., p. 90

[38] Genre troubadouresque qui consiste en une lamentation funèbre.

[39] Recueil de récits courtois et chevaleresques et datant du XIIIe siècle dont l’auteur serait un notaire florentin.

[40] De Wailly N., Récits d’un ménestrel de Reims au XIIIes., Paris, Librairie Renouard, Société de l’histoire de France, 1876.

[41] Liste conservée au fol. 200 d’un manuscrit du XIVe siècle, n°23, provenant de l’abbaye bénédictine de Saint-Wertburg à Chester (Brereton G. E., « A Thirteenth-Century List of French Lays and Others Narrative Poems », dans Modern Language Revue, t. XLV (1950), p. 40).

[42] Il convient toutefois de préciser que ces chroniques sont pour nombreuses d’entre elles très fragmentaires.

[43] Snelleman W., Das Haus Anjou und der Orient in Wolframs Parzival, thèse d’Amsterdam, Nijkerk, Callenbach, 1941, p. 47.

[44] Pettersen Dyggve H., op. cit. et Frappier J., op. cit., pp. 141-161.

[45] Russel J. C., « Thirteenth Century Anglo-Norman Writers », dans Modern Philology, v. 28/n°1(1930), pp. 25-269.

[46] Notons à cet égard que les poètes du Nord, plus tardifs, offriront au lyrisme personnel des expressions nettement plus abouties et qui marqueront un véritable renouvellement poétique.

[47] Bautier R.-H., op. cit., p. 139.

[48] Cf. note 16.

7. Bibliographie

Baladier C., Érôs au Moyen Âge : amour, désir et délectation morose, Paris, Éditions du Cerfs, 1999.

Bautier R.-H., « ‘‘Empire Plantagenêt’’ ou ‘‘espace Plantagenêt’’. Y eut-il une civilisation du monde Plantagenêt », dans Cahiers de civilisation médiévale, v. 29/n° 113-114 (1984).

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