Les rapports du cœur et du corps à l’amour dans l’œuvre de Bernard de Ventadour

Introduction

Dès la troisième strophe de la biographie poétique de Bernard de Ventadour, le troubadour nous apprend qu’il fut doté par Dieu d’une belle apparence (bella persona) et d’un noble cœur (gentil cor) qui est le foyer originel de la noblesse (el comensamen gentillessa). Les qualités telles que la sagesse, l’intelligence, la courtoisie et le noble parler ne sont mentionnées qu’après cette caractérisation du corps et du cœur du poète. Cette mention première de la corporalité avant de citer tout autre qualité morale annonce le caractère incarné de ses chansons qui, nous le verrons, réservent une large place au cœur et au corps et à la relation de ceux-ci à l’amour.

Au fil de la poésie de Bernard de Ventadour, le cœur et corps du troubadour du XIIe siècle font en effet tantôt l’expérience de la douleur, du désir, de la joie…. L’amour qu’il chante, les sentiments qu’il éprouve sont constamment incarnés. Ce n’est néanmoins pas uniquement de la corporalité du poète dont il est fait mention dans ses écrits, le corps de la dame constituant également un motif revenant régulièrement. Dans cette étude, nous étudierons spécifiquement la relation du cœur et du corps à l’amour. Pour réaliser ce travail, nous nous sommes basée sur l’œuvre bilingue des Chansons d’amour réalisée par Moshé Lazar[1].

L’amour dans les chansons de Bernard de Ventadour

Dans les Cansos de Bernard de Ventadour, l’amour (amors) est conçu comme une entité autonome possédant une existence et une volonté propres : « re no vol amors qu’esser no deya »[2] (« l’amour ne tolère rien qui ne soit bienséant »). Cette autonomie d’amour rapproche celui-ci d’une divinité, comme en témoignent ces deux vers « Amors, enquera’us preyara que’m fossets plus amoroza »[3] (« Amour, je vous implore une fois de plus de mon montrer visage plus amoureux ») dans lesquels le troubadour adopte une position de suppliant face à une entité qui semble dotée d’une volonté et d’un pouvoir réels.

Or, « il faut à amors un lieu de résidence ; c’est le cœur »[4]. Amour élit en effet domicile au sein du cœur du poète : « amors, qui’l cor enamora » (Amour, qui inspire l’amour au cœur ») sans que celui-ci n’y puisse rien faire : « Eu que’n posc mais, s’Amors me pren [..] ? »[5] (« Mais qu’y puis-je faire, si Amour m’a saisi ? »). Là,, tout puissant,  il soumet son hôte à sa volonté propre : « amors m’asalh, que’m sobresenhoreya e’m fai amar cal que’lh plass’ e voler »[6] (« l’amour me prend d’assaut, me domine souverainement et me force à aimer et à désirer ce qui lui plait »), comme une « force démoniaque qui n’admet pas de résistance »[7].

Cette présence d’Amour dans le cœur du poète n’est pas sans s’accompagner d’effets. Tout d’abord, l’amour est principe de vie pour le poète, même si cela s’accompagne de douleur, en témoignent ces vers : « Ben es mortz qui d’amour no sen al cor cal que dousa sabor » (« Il est bien mort celui qui ne sent au cœur quelque douce saveur d’amour »). Ensuite, la présence d’Amour au cœur est indissociable de la poésie du troubadour, de sa capacité à chanter :

« Chantars ne pot gaire valer,
si d’ins dal cor no mou lo chans ;
ni chans no pot dal cor mover,
si no i es fin’amors coraus
qu’en joi d’amour ai et enten
la boch’ e’ls olhs e’l cor e’l sen. » [8]
« Rien ne sert de chanter si le chant ne vient du fond du cœur, et le chant ne peut venir du cœur s’il n’y a en lui un noble et cordial amour. Pour cette raison mon chant est parfait, parce que j’engage dans la joie d’amour la bouche et les yeux, le cœur et la raison. »
« Mas, domn’, Amors m’enliama,
que’m fai dir soven e gen
de vos manh vers avinen. »[9]
« En effet, ma dame, Amour m’enchaîne et me fait redire souvent maintes belles poésies sur vous. »

Au-delà de mettre en avant cette conception de l’amour qui donne vie et engendre le chant, nous entendons nous pencher plus précisément sur les effets de la présence d’Amour au sein du cœur du poète sur le cœur de celui-ci et sur le corps de celui-ci.

1.1. L’Amour et le cœur du troubadour

Le cœur de Bernard de Ventadour s’anime par la présence d’Amour qui le dote d’une existence et d’une volonté qui échappent au contrôle du troubadour :

« Qu’el mon non a nul afaire
don eu tan cossire,
can de leis au re retraire,
que mo cor no i vire
e mo semblan no’m n’esclaire. »[10]
« Car il n’y a au monde nulle affaire dont je sois si préoccupé que, quand j’entends parler d’elle, mon cœur ne se tourne aussitôt vers elle et mon visage ne s’en illumine. »
« Lo cors no’n pauza ni fina,
si’m te conhd’e gai,
fin’amors, ab cui m’apai ;
no sai com me contenha ! »[11]
« Mon cœur ne se pose ni se repose, tant je suis heureux et gai par ce pur amour qui m’apaise. Je ne sais comment me contenir »
« als no reclama
mos cors mas leis solamen
e so c’a leis es plazen »[12]
« Mon cœur ne demande rien d’autre que sa personne seulement et ce qui lui est agréable »
« E can la vei, sui tan fort envezatz :
veyaire m’es que’l cors al cel me salha »[13]
« Et lorsque je la vois, je suis tellement excité : il semble que mon cœur veuille s’élancer vers le ciel »
« Ai ! francha de bon aire,
fezetz m’un bel semblan,
tal don mos cors s’esclaire ! »[14]
« Ah ! noble et gracieuse dame, montrez-moi tel doux visage dont mon cœur puisse s’illuminer ! »
« can vei la bela
que’m soli’acolhir,
era no m’apela
ni’m fai vas se venir.
Lo cor sotz l’aissela
M’en vol de dol partir »[15]
« Lorsque je vois la belle qui avait l’habitude de m’accueillir, à présent elle ne m’appelle plus ni ne me fait venir auprès d’elle. Mon cœur, au fond de la poitrine, veut se briser de douleur »

On retrouve dans ces extraits la divinisation d’Amour auquel est attribué une prérogative divine, à savoir le fait d’animer, de donner vie. Sous le souffle divin d’amour, le cor devient autonome du troubadour, qui rend compte de ce phénomène par l’usage de personnifications.

1.2. L’Amour et le corps du troubadour

Le cœur est l’organe qui unit Amour au corps du troubadour. Amour prend en effet possession de celui-ci par le biais de son occupation du cœur du poète. Au sujet de l’amour qui « enlace le cœur par la racine », Jacques Roubaud nous dit la chose suivante :

Ce passage obligé de l’amour par le cœur est en quelque sorte prénatal. C’est le pouvoir « subtil », sotil, de l’essence-même d’amour, qui est à la fois personne et force impersonnelle, indifférente, de devenir dans le cœur tel amour, avec sa forme particulière. C’est pourquoi on peut dire que l’amour est semence[16].

Amour est donc semence qui mûrit dans le cœur du troubadour, dont les racines prennent pleinement possession du corps, puissantes, aux effets irrésistibles. Ainsi dominé par Amour, le troubadour change d’apparence corporelle quand il se trouve en présence de la personne qui incarne l’objet de son désir :

« Cant eu la veil, be m’es parven
Als olhs, al vis, a la color,
car aissi tremble de paor
com fa la folha contra’l ven.
Non ai de sen per un efan,
Aissi sui d’amor entrepres »[17] ;
« Quand je la vois, on le note bien à mes yeux, à mon visage, à mon teint, parce que je tremble ainsi de peur comme fait la feuille exposée au vent. Je n’ai même plus l’intelligence d’un enfant, à tel point suis-je subjugué par l’amour » ;

Cet extrait montre l’importance de la vue de la dame sur le corps du troubadour, dont nous reparlerons plus bas, ainsi que l’effet subjuguant de l’amour sur l’intelligence de Bernard de Ventadour. Cependant, loin de ne faire que priver le troubadour de sa raison, Amour vient bouleverser les sens du poète :

I.                    « Tant ai mo cor ple de joya,
tot me desnatura.
Flor blancha, vermelh’ e groya
me par la frejura,
c’ab lo ven et ab la ploya
me creis l’aventura,
per que mos chans mont’ e poya
e mos pretz melhura.
Tant ai al cor d’amor,
de joi e de doussor,
per que’l gels me sembla flor
e la neus verdura.II.                 Anar posc ses vestidura,
nutz en ma chamiza,
car fin’amors m’asegura
de la freja biza. »[18]
« J’ai le cœur si plein de joie qu’elle métamorphose tout pour moi. L’hiver me semble fleur blanche, vermeille et jaune, car avec le vent et avec la pluie mon bonheur s’accroît, si bien que mon chant s’élève et s’exalte, et mon mérite s’en améliore. J’ai tant d’amour au cœur, tant de joie et de douceur, que la glace me semble fleur et la neige verdure. »

 

 

« Je puis me promener sans vêtement, le corps nu sous la chemise, car l’amour parfait me protège de la froide bise. »

« Empero tan me plai
can de leis me sove,
que qui’m crida ni’m brai,
eu no’n au nula re. »[19]
« Cependant, je suis si heureux quand il me souvient d’elle, que l’on peut crier et hurler autour de moi : je n’entends absolument rien. »
« Amors, aissi’m faitz trassalhir :
del joi qu’eu ai, no vei ni au
ni no sai que’m die ni que’m fau. » [20]
« Cependant, je suis si heureux quand il me souvient d’elle, que l’on peut crier et hurler autour de moi : je n’entends absolument rien.Amour, tu me fais tressaillir si fort : de la joie que j’ai, je ne vois ni n’entends ni ne sais ce que je dis ou ce que je fais. »

Le pouvoir d’Amour se mesure ainsi à l’aune du corps du troubadour. Son corps bouleversé, capable de ne plus entendre, de résister nu au froid de l’hiver, de confondre neige et verdure, donne en effet la mesure de la puissance d’Amour, aux accents miraculeux.

1.3. L’Amour et le corps de la dame

Du corps de la dame, Bernard de Ventadour nous dit plusieurs choses :

« Bela domna, ‘l vostre cors gens
e’lh vostre belh olh m’an conquis,
e’l doutz esgartz e lo clars vis,
e’l vostre bes essenhamens,
que, can be m’en pren esmansa,
de beutat no’us trob egansa :
la genser etz c’om posch’el mon chauzir,
o no i vei clar dels olhs ab que’us remir. »[21]
« Belle dame, votre noble corps, vos beaux yeux, le doux regard, le clair visage et vos belles manières m’ont conquis, si bien que lorsque j’essaie de comparer je ne vous trouve d’égale en beauté ; vous êtes la plus noble qu’on puisse trouver au monde, ou bien je ne vois pas clair des yeux avec lesquels je vous contemple. »
« Qui be remira ni ve
olhs e gola, fron e faz,
aissi son finas beutatz
que mais ni menhs no i cove,
cors lonc, dreih e covinen,
gen afliban, conhd’ e gai.
Om no’l pot lauzar tan gen
com la saup formar Natura. »[22]
« Pour qui contemple bien ses yeux et son cou, son front et son visage, sa beauté est si parfaite que rien n’y est de trop ni rien n’y manque, son corps est svelte, droit et bien proportionné ; noblement vêtue, elle est gracieuse et joyeuse. Personne ne peut la louer aussi finement que la Nature la sut former. »
« Molt me sap bol o jorn qu’eu la remire :
la boch’ e’ls olhs e’l fron e’ls mas e’ls bratz
e l’autre cors, que res no’n es a dire
que no sia belamen faissonatz.
Gensor de leis no poc faire Beltatz »[23]
« Combien me plaît le jour lorsque je puis la contempler : sa bouche, ses yeux, son front, ses mains et ses bras, et tout le reste de son corps, car l’on ne peut rien nommer qui ne soit parfaitement façonné. Beauté n’a su former plus belle femme qu’elle. »
« En greu pantais sui feblezitz
per leis cui Beutatz volc formar,
que com Natura poc triar,
del mehs es sos cors establitz :
los flancs grailes et escafitz,
sa fatz frescha com roza par,
don me pot leu mort revivar. »[24]
« Je me suis affaibli dans l’inquiétude pour celle que Beauté elle-même façonna, car son corps est composé de toutes les perfections que Nature a su choisir : ses flancs sont graciles et sveltes, son visage paraît frais comme la rose ; aussi peut-elle facilement me faire ressusciter de ma mort. »
« Ai, bon’amors encobida,
cors be faihz, delgatz e plas !
Ai frescha charn colorida,
cui Deus formet ab sas mas !
Totz tems vos ai dezirada,
que res autra no m’agrada »[25]
« Ah ! bon amour désiré, corps bien fait, svelte et lisse ! Ah, tendre chair aux belles couleurs que Dieu a façonnée de ses mains ! Je vous ai toujours désirée, car nulle autre ne me plait. »

Plusieurs éléments peuvent être relevés des extraits que nous avons sélectionnés. Tout d’abord, l’on retrouve ce bonheur de la contemplation du corps de la dame déjà évoqué plus haut, qui décuple le sentiment amoureux. Chez le troubadour en effet,

La dame se donne à voir. Le regard s’y arrête, tourne autour de cet objet qui le captive avant de faire retour sur soi. L’évocation – fréquente – du corps de la Dame impose l’image dans l’orbe du chant et oblige la voix à faire entendre le visible. Mieux, la voix devient regard, se charge par le déploiement de ses rythmes (ruptures et répétitions à l’intérieur de la structure métrique) de « musiquer » la fascination de l’œil et la déprise totale du sujet[26].

La contemplation de la beauté de la dame fait donc naître l’amour et le « justifie » au fil des poèmes. Au « commandement d’Amor »[27] s’ajoutent les qualités physiques pour expliquer les raisons de l’amour du poète pour cette dame en particulier.

Ensuite, la dame semble belle, mais de son corps, l’on ne sait finalement que ce que le troubadour en voit. On dispose en effet uniquement du point de vue de Bernard de Ventadour. Dès lors, puisque Amour est capable de faire percevoir l’hiver comme une saison fertile au poète, il est tout à fait possible que la dame ne corresponde pas aux canons de beauté évoqués (blancheur, minceur, proportion…) qui restent néanmoins très évasifs. La fin du premier extrait (« o no i vei clar dels olhs ab que’us remir »[28]) confirme la plausibilité de cette hypothèse. Dans cette optique, le seul élément qui semble sûr, c’est finalement que l’amour qui occupe le cœur du troubadour a une emprise totale sur son corps, ce qu’il voit, ce qu’il sent, ce qu’il vit, ce qu’il espère. Dans cet état de conscience modifié, la dame apparaît comme un modèle de perfection charnelle qui reste insaisissable par le mot (« Om no’l pot lauzar tan gen com la saup formar Natura »[29]).

Enfin, une relation de cause à effet semble établie entre le noble lignage de la Dame, sa perfection charnelle et sa nature divine :

Du corps de la dame, il ne faut pas oublier ceci : il appartient à un grand lignage […] Il est donc sous l’inspiration du Christ une œuvre par essence divine, à laquelle Dieu lui-même a apporté tout le soin dont on le sait capable, ce qui n’est pas peu […] Dieu a [en effet] formé [la dame] de ses propres mains[30].

Ceci confère à la dame des pouvoirs divins dont le moindre n’est pas la capacité de résurrection (« don me pot leu mort revivar »[31]) et implique une attitude religieuse, pleine de dévotion et d’adoration de la part du troubadour :

Là où la beauté de la Dame fascine la vue, le troubadour « mains jointes, livré à sa volonté, ne désire plus bouger de sa prosternation à ses pieds », comme le mystique transi par l’ineffable plaisir (ou souffrance) né de sa soumission extatique à la divinité[32]

Les extraits suivants soulignent à la fois cette soumission et adoration religieuse et la foi que place le troubadour en la dame en raison de sa beauté.

« Domna, per vostr’amor
jonh las mas et ador ! »[33]
« Dame, pour votre amour, je joins les mains et vous adore ! »
« Om no la ve que no creya
sos bels olhs e so semblan »[34]
« Quiconque la voit ne peut que prêter foi à ses beaux yeux et son visage »
« Domna, l genzer c’anc nasques
e la melher qu’eu anc vis,
mas jonnchas estau aclis
a genolhos et en pes,
el vostre franc senhoratge »[35]
« Dame, la plus belle qui naquit jamais et la meilleure que j’aie jamais vue, je me soumets humblement à votre seigneurie, mains jointes, à genoux ou debout »

Le corps de la dame permet de souligner le caractère incarné de la conception de l’amour du troubadour. Il semble en effet que ce n’est qu’à la condition d’un corps parfait que le cœur de la dame puisse tenir tête à la puissance d’Amour. Façonnée par Beauté, Nature et Dieu, la dame, modèle de perfection charnelle, ne perd pas ses sens comme le troubadour. Lui, « misérable »[36], imparfait, a un cœur qui ne peut résister à l’élan qui le dépasse, qui se laisse posséder. Dès lors, son corps ne peut contenir la puissance d’Amour, est bouleversé par cet élan divin (modification de l’état de conscience, de l’apparence…). Il semble que la vieillesse, s’accompagnant d’un corps moins parfait pour la dame, inverserait ce rapport de force :

« E si no’m fai enan
amor et bel semblan,
can er velha, ‘m deman
que l’aya bo talan »[37]
« Et si bientôt elle ne m’accorde son amour et ne me montre un aimable visage, qu’elle m’implore, quand elle sera vieille, de lui témoigner bon désir »

Cette inadéquation entre la perfection du corps de la dame et sa disposition pour l’amour ne va d’ailleurs pas sans désarçonner le troubadour plus d’une fois :

« Can vei vostras faissos
e’ls bels olhs amoros,
be’m mervailh de vos
com etz de mal respos.
E sembla’m trassios,
can om par francs e bos
e pois es orgolhos
lai on es poderos »[38].
« Quand je vois votre visage et vos beaux yeux amoureux, je m’étonne fort des méchantes réponses que vous donnez. Ce me semble être une trahison, quand on a l’air généreux et bon, de témoigner ensuite de l’orgueil dès qu’on en a le pouvoir.
« c’anc no vi cors melhs talhatz ni depens
ad ops d’amar sia tan greus ni lens »[39]
« Car jamais je ne vis corps mieux taillé ni peint qui, pour le besoin d’amour, fût si rétif et lent »

Conclusion

Dans les Cansos de Bernard de Ventadour, les corps du troubadour et de la dame permettent de donner la mesure de la puissance d’Amour. Tandis qu’imparfait, sur le plan physique et moral, le troubadour se laisse complètement envahir par ce pouvoir qui le possède par le cœur et le corps, la dame, noble, au corps parfait, semble insensible aux attaques d’Amour. Ceci produit un déséquilibre net entre la figure de la dame et celle du troubadour, qui participe du caractère féodal du fin’amor dont nombre d’auteurs[40] font état et qui place d’emblée le troubadour comme inférieur à sa dame, sa suzeraine.

Elisabeth Vangansbek 

[1] De Ventadour Bernard, Chansons d’amour, Éd. Lazar Mosché, Paris, Klincksieck, 1966, 311 p.

[2] Chanson VII, Can vei la flor, l’erba vert e la folha

[3] Chanson XII, Amors, enquera’us preyara

[4] Roubaud Jacques, La fleur inverse. L’art des troubadours, Paris, Les Belles Lettres, 1994, p. 177

[5] Chanson I, Non es meravelha s’eu chan

[6] Chanson VII, Can vei la flor, l’erba vert e la folha

[7] Akehurst F.R.P., « Les étapes de l’amour chez Bernard de Ventadour », dans Cahiers de civilisation médiévale, 16e année (n°62), Avril-juin 1973, p. 140

[8] Chanson II

[9] Chanson XII

[10] Chanson IV, Tant ai mo cor ple de joya

[11] Chanson VIII, E mainh genh se volv e’s vira

[12] Chanson XII

[13] Chanson XXI, Per melhs cobrir io mal pes e’l cossire

[14] Chanson XXVI, Can la freid’aura venta

[15] Chanson XXXVIII, Lancan vei la folha

[16] Roubaud Jacques, op. cit. p. 178

[17] Chanson I

[18] Chanson IV

[19] Chanson XVIII, Pois preyatz me, senhor

[20] Chanson XIII

[21] Chanson III, Ab joi mou lo vers e’l comens

[22] Chanson XV, Conortz, era sai eu be

[23] Chanson XXI, Per melhs cobrir io mal pes e’l cossire

[24] Chanson XLII, Can lo boschatges es floritz

[25] Chanson LXIV, Lo tems vai e ven e vire

[26] Huchet Jean-Charles, « La dame et le troubadour : « Fin’amors » et mystique chez Bernard de Ventadorn, Littérature, n°47, 1982, p. 14

[27] Akehurst F.R.P., loc.cit., p. 137

[28] Voir note 21

[29] Voir note 22

[30] Roubaud Jacques, op. cit. pp. 245-246

[31] Voir note 24

[32] Huchet Jean-Charles, loc. cit., p. 17

[33] Chanson IV

[34] Chanson XXIII, Lo rossinhols s’esbaudeya

[35] Chanson XXXVII, Gent estera que chantes

[36] Chanson II

[37] Chanson XVII, Lo gens tems de pascor

[38] Chanson XVII

[39] Chanson XX

[40] Voir notamment Zink Gaston, Littérature française du Moyen-Âge, Paris, P.U.F., pp. 100-104

Bibliographie

  • Akehurst F.R.P., « Les étapes de l’amour chez Bernard de Ventadour », dans Cahiers de civilisation médiévale, 16e année (n°62), Avril-juin 1973, pp. 133-147

De Ventadour Bernard, Chansons d’amour, Éd. LAZAR Mosché, Paris, Klincksieck, 1966, 311 p.

  • Huchet Jean-Charles, « La dame et le troubadour : « Fin’amors » et mystique chez Bernard de Ventadorn, Littérature, n°47, 1982, p. 14
  • Roubaud Jacques, La fleur inverse. L’art des troubadours, Paris, Les Belles Lettres, 1994, p. 177
  • Zink Gaston, Littérature française du Moyen-Âge, Paris, P.U.F., 400 p.

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